Déserteurs et Insoumis sous la Révolution et l’Empire
Fiche technique
Résumé
La France a connu une période de mobilisation sans précédent entre 1791 et 1814. Les premiers enrôlements volontaires, empreints d'une ferveur émouvante, ont rapidement cédé la place à des levées en masse, suivies de conscriptions annuelles. Particulièrement sous l'Empire, l'État a manifesté un besoin insatiable de nouvelles recrues, incorporant les classes d'âge les unes après les autres. À titre de comparaison, la guerre de Succession d'Autriche sous Louis XV, sur sept ans, n'avait mobilisé qu'environ deux cent mille hommes. Pourtant, en moins d'un quart de siècle, les forces armées révolutionnaires et impériales ont enrôlé près de trois millions d'individus, nombre d'entre eux en dépit de leur volonté. Ces conscrits ressentaient un profond ressentiment envers les officiers, l'autorité et la gendarmerie. Beaucoup de jeunes hommes ont cherché à échapper à la conscription (qui fut, par exemple, un facteur déclencheur de la guerre de Vendée), tandis que d'autres, une fois enrôlés, désertaient. Pour les autorités, ces individus représentaient un défi considérable. Les déserteurs formaient des bandes errantes, se livrant au pillage à travers la France, et les insoumis trouvaient refuge près de leur foyer grâce à la complicité de leur entourage familial et amical, voire des pouvoirs municipaux. Pour une grande partie de la population rurale, la conscription menaçait l'équilibre économique, l'intégrité familiale et l'autonomie du village, générant ainsi des tensions communautaires et mettant en péril l'autorité étatique. Alan Forrest a entrepris une étude exhaustive des Archives nationales et de multiples archives départementales et locales pour offrir ce remarquable tableau de la France des réfractaires. Ce travail constitue une histoire vivante de la manière dont les Français ont réagi aux impératifs de la guerre. Grâce aux correspondances de maires, préfets ou citoyens ordinaires, aux requêtes d'exemption, aux dénonciations et aux comptes rendus de procès, l'auteur a donné chair à des centaines de cas emblématiques à travers le pays, transformant de simples statistiques en récits concrets. De l'Alsace à la Bretagne, de Lille à Marseille, ou de la Gironde au Jura, l'ouvrage met en lumière les diverses réactions des habitants des plaines et des montagnes, des marins et des agriculteurs, des Parisiens et des provinciaux, ou encore des populations du Nord et du Midi.