La souffrance comme identité
Fiche technique
Résumé
Ce volume met en lumière la manière dont, au sein du monde juif, la souffrance, ses représentations et sa sacralisation ont façonné l'évolution d'un peuple et d'une foi, depuis leurs origines bibliques. Il explore comment cette identité a été perçue comme "lacrymale" et retrace son cheminement jusqu'à ses transformations contemporaines. L'auteure analyse la connexion forte entre le génocide et la fondation d'Israël, sa politisation, sa normalisation, et sa mutation en une forme de judaïsme universel, centré sur l'Holocauste et l'établissement de l'État hébreu comme acte de rédemption. Au-delà du contexte spécifiquement juif, l'ouvrage offre des perspectives pour saisir les diverses dynamiques mémorielles et identitaires actuelles, qui sont omniprésentes et dont la Shoah est devenue un archétype.
Abordant pour la première fois ce sujet dans une approche à la fois historique et comparative, Esther Benbassa examine le thème profond de la souffrance comme élément identitaire. Elle questionne les impératifs de mémoire dominants et milite pour un droit à l'oubli réfléchi – non pas amnésie, mais la possibilité de confier les récits de nos expériences douloureuses à une histoire plus ouverte et partagée. Est-ce un chemin envisageable dans une société qui valorise le bien-être par-dessus tout, où la souffrance confère souvent distinction et reconnaissance, même si cette dernière est principalement symbolique et n'offre pas toujours de solutions concrètes pour l'avenir ?
Esther Benbassa, directrice d'études à l'École pratique des hautes études et autrice d'ouvrages classiques sur l'histoire du judaïsme, est une figure intellectuelle influente dans le débat public. Elle a récemment été honorée par le Prix Françoise Seligmann pour son engagement contre le racisme, l'injustice et l'intolérance.