Anarchistes et Communistes dans le Mouvement des Conseils à Turin
Fiche technique
Résumé
Un vibrant appel initial s'adresse aux ouvriers métallurgistes, soulignant que l'occupation des usines représente une étape capitale vers l'expropriation de la bourgeoisie et la mise des moyens de production à la disposition des travailleurs. L'acte est présenté comme le commencement d'une transformation sociale, d'autant plus opportune que le gouvernement semble impuissant et n'ose pas intervenir, tandis que l'ensemble du prolétariat observe avec ferveur, prêt à emboîter le pas. Toutefois, une mise en garde est lancée contre le risque des transactions et des concessions. Le texte insiste sur le fait que le temps des négociations est révolu, exhortant à jouer le tout pour le tout. Il avertit que les patrons pourraient céder à toutes les revendications pour faire échouer le mouvement et, une fois les usines abandonnées et sous garde policière ou militaire, il serait trop tard. Il est donc crucial de ne pas céder et de défendre les usines par tous les moyens.
Lorsque cet appel paraît dans un journal anarchiste, le 10 septembre 1920, le mouvement des conseils à Turin avait atteint son apogée, manifestant son expression théorique et pratique la plus affirmée, en phase offensive. Les dirigeants d'usines occupées étaient incapables de freiner cette dynamique, le gouvernement restait inactif face à l'ampleur du phénomène. Les cheminots, ainsi que d'autres secteurs économiques (comme les travailleurs maritimes), étaient prêts à déclencher une grève généralisée et décisive. La « Grande Peur » s'emparait de la bourgeoisie, et les masses semblaient plus résolues que jamais à une solution radicale, s'apprêtant à prendre les armes. On percevait les prémices de la fin du « Vieux Monde », du moins en Italie. Néanmoins, le mouvement a été stoppé. La raison en est que le Parti Socialiste Italien et l'organisation syndicale qu'il contrôlèrent avaient déjà décidé de conclure des accords avec les employeurs industriels et le gouvernement. Cela marqua la fin. Tout rentra dans l'ordre, et le fascisme trouva une voie libre.
L'auteur, Pier Carlo Masini, est né en 1923 à Cerbaia Val di Pesa (Florence). À l'âge de dix-neuf ans, son engagement antifasciste lui valut un refus. À partir de 1943, il s'engagea dans le mouvement anarchiste et contribua aux périodiques tels que Volontà, Il Libertario et Umanità Nova (un hebdomadaire dont il fut le rédacteur en 1948-1949). Dès cette période, il fut un des initiateurs d'un courant de révision au sein de l'anarchisme, notamment au sein des Groupes Anarchistes d'Action Prolétarienne, et cet essai sur les conseils d'usine en constitue une introduction significative. Il demeura actif dans le mouvement anarchiste au-delà des années cinquante, poursuivant ses recherches historiques sur l'anarchisme italien. Il est l'auteur d'une Histoire des Anarchistes italiens, d'une biographie de Carlo Cafiero, et de nombreuses autres publications témoignant de son intérêt constant pour les mouvements révolutionnaires. L'auteur a apporté des corrections formelles et des rectifications spécifiques à cette présente édition.