ESSAIS ARTICLES, LETTRES VOLUME IV (1945-1950)
Fiche technique
Résumé
Une grande partie de ce que nous nommons 'plaisir' ne représente qu'un effort pour anéantir la conscience. Si l'on initiait une réflexion en demandant : Qu'est-ce que l'être humain ? Quels sont ses impératifs ? Comment peut-il s'exprimer au mieux ? On réaliserait que le fait de se soustraire au travail et de vivre continuellement sous l'éclairage électrique et au son de la musique préenregistrée n'est pas une motivation suffisante. L'homme aspire à la chaleur humaine, à la sociabilité, aux moments de détente, au bien-être et à la sécurité ; il lui faut aussi des instants de solitude, une activité créative et un sens de l'émerveillement. En prenant conscience de cela, il pourrait employer les avancées de la science et de l'industrie avec discernement, en leur appliquant un critère unique : cela me rend-il plus ou moins humain ? Il saisirait alors que le véritable bonheur ne réside pas dans la capacité de tout faire au même endroit et au même instant – se relaxer, jouer aux cartes, boire et faire l'amour. L'aversion naturelle qu'éprouve toute personne sensible face à la mécanisation croissante de l'existence ne serait pas considérée comme un simple sentiment désuet, mais comme une réaction parfaitement légitime. Car l'être humain conserve son humanité uniquement en laissant une place significative à la simplicité dans sa vie, alors que la majorité des innovations contemporaines — en particulier le cinéma, la radio et l'aviation — tendent à affaiblir sa conscience, à diminuer sa curiosité, et, en somme, à le ramener vers une forme d'animalité. (Extrait de "Les lieux de loisir").