Les banquiers juifs et le Saint-Siège du XIIIe au XVIIe siècle
Fiche technique
Résumé
Au sein des mouvements antisémites initiés par l'Église, qui visaient à éloigner les chrétiens du péché d'usure, alors que les échanges monétaires s'intensifiaient avec le dynamisme économique, la stratégie consistait à déléguer cette activité aux Juifs. Durant cette période, les banquiers juifs se sont multipliés, offrant des crédits à la consommation dans toute l'Italie, sous l'approbation du Saint-Siège. Cette pratique a connu son apogée au XVe siècle, durant la Renaissance papale, quand de puissantes familles juives géraient un réseau discret de maisons de prêt, fournissaient d'importantes contributions financières au Trésor pontifical, et jouissaient de prérogatives considérables, comme l'exemption du port de la rouelle et la permission de s'armer. Dans son ouvrage, Léon Poliakov détaille les méthodes et la structure de ce commerce monétaire, et examine les rivalités qui opposaient en Italie les prêteurs juifs et leurs homologues chrétiens. Ces conflits étaient également reflétés dans les débats entre canonistes, le statut privilégié des Juifs étant finalement fondé sur des doctrines théologiques. L'auteur explore ensuite les causes du rapide déclin, au XVIe siècle, de la finance juive, qui coïncide avec l'établissement des ghettos à l'époque de la Contre-Réforme. En abolissant les avantages spécifiques des Juifs, le Saint-Siège a manifesté une approche plus moderne et rationnelle, en mettant fin aux distinctions économiques médiévales basées sur la religion des acteurs. Ainsi, de nouvelles méthodes capitalistes ont pu émerger.